11. Face à la crise sociale, l’astrologie mérite-t-elle un regain d’intérêt dès lors qu’elle en appelle au « savoir-être » ?

 

L’évolution du monde et l’histoire des hommes sont cycliques.  Le futur se crée à travers des approximations : essais et erreurs, soubresauts et crises, autant de signes d’une genèse entre le germe et son actualisation.

Autrefois, l’homme ne pouvait expliquer rationnellement le processus créateur qui se déploie entre les origines de l’Univers et la conscience humaine.  Et pourtant, il se refusait à n’y voir que le fait du hasard.  Il pressentait plutôt une continuité entre un plan divin et l’ordre terrestre, cette sorte de cosmologie contribuant à générer de grandes civilisations.  Les hommes y trouvèrent les tuteurs dont ils avaient besoin pour grandir ; non sans se soumettre à l’arrogance des prêtres et à l’arbitraire de leurs lois.

Aujourd’hui, nous sommes sollicités à penser par nous-mêmes.  À défaut d’y être préparés, nous voici dans le désarroi existentiel, quitte à redevenir la proie des prédateurs qui, tantôt recommandent la jouissance immédiate, tantôt renouent avec les intolérances d’un autre temps.

Pour l’astrologie, venir au monde, c’est mettre en œuvre une réponse singulière au jeu de la vie.  De prime abord, ceci paraît éloigné de nos préoccupations quotidiennes, face à la crise et à la question de l’emploi.  Or, pour croire en leur devenir, les jeunes générations n’ont pas seulement besoin de participer à l’économie de marché, mais aussi d’accéder à une société de la connaissance et, plus singulièrement, de la connaissance de soi. 

En réaction au matérialisme ambiant, l’astrologie nous enjoint de renouer avec la dimension extraordinaire de l’univers qui nous confie, à chacun, un potentiel.  Car chaque « nouvellement – né » est la sève qui irrigue la vie collective. Il y est question d’incarner dans le monde nos propres talents, au risque sinon de nous diluer dans les méandres de l’insatisfaction. 

Ceci vise-t-il à privilégier l’individu et à fractionner le tissu social ?  En apprenant à mieux nous connaître, nous apprenons aussi à rencontrer la singularité des autres.  En cela, l’astrologie nous invite à apprécier la valeur de chacun, valeur qui se découvre au-delà du premier degré des choses. 

Ce propos rejoint celui de l’écologie qui nous rappelle l’obligatoire solidarité entre toutes les parties qui constituent notre environnement.  Bien entendu, l’écologie concerne surtout notre « maison » : la terre ; alors que l’astrologie s’intéresse plutôt au rapport étroit qui relie l’être singulier que nous sommes à un imaginaire commun.  Mais, dans les deux cas, il s’agit de la même corrélation entre le local et le global, entre le singulier et le pluriel. 

Pour l’écologie, nous sommes les produits de la terre avec laquelle nous nouons un rapport physique.  Notre survie en dépend.  Ce rapport se fonde sur notre «substance».  Pour l’astrologie, nous sommes reliés à un imaginaire symbolique et universel.  Nous sommes là «essence».  

Quoi qu’il en soit, écologie et astrologie se rejoignent dans un même principe de conséquences. D’une part, une mauvaise gestion de l’environnement nous met en péril; de l’autre, lorsque nous orchestrons mal notre théâtre intérieur, cela finit par ne plus tourner rond en nous. 

En dernière analyse, un tel parallélisme entre écologie et astrologie génère une éthique de responsabilité.  Plus et mieux nous nous connaissons, plus et mieux nous comprenons nos rapports au monde et plus aussi nous sommes solidaires, l’altérité de chacun étant une richesse pour l’identité de tous les autres… 

En tout cela, l’astrologie bien comprise suggère une nouvelle forme d’éducation, dans le double sens du terme : celui de transmettre un bagage commun et celui de sortir de l’ignorance de soi-même.  Voyons-y une sorte d’arrêt poétique sur l’image, de même qu’une incitation à faire un pas de côté, non pour arrêter le monde, mais pour le faire tourner autrement…