6. Au cours de son histoire, l’astrologie a-t-elle disposé d’une notoriété dans son domaine de compétences ?

 

Chaque période dans l’histoire des connaissances a connu son paradigme.  Ainsi, et pour ce qui a trait à l’observation du ciel, les hommes ont privilégié plusieurs conceptions de l’univers, en relation à leur culture. 

Il y a quelques centaines de milliers d’années, l’homme des cavernes imaginait le monde peuplé d’esprits : chaque chose se voyait attribuer les mêmes désirs, pulsions et coutumes que les hommes. 

Mais ce monde des esprits conçus à « notre image » s’avéra bientôt insatisfaisant.  Il y a quelque dix mille ans, l’univers magique se mua en un monde mythique et surhumain.  Désormais, les forces du ciel étaient régies par des dieux vivant dans un au-delà.  Quant aux phénomènes naturels, ils étaient les conséquences de leurs actions. 

La communication avec ces êtres surhumains ne pouvait se faire directement ; elle en appelait à l’intermédiaire des prêtres astrologues.  Nul doute qu’en leur temps, l’astrologie bénéficia d’une déférence quelque peu… incontournable.

Cette notoriété, elle la conservera durant les huit siècles du miracle grec, tandis qu’avec Pythagore le cosmos acquérait une géométrie harmonieuse et gouvernée par les lois mathématiques.  En ce temps-là, astrologie et astronomie faisaient « bon ménage » et on en trouve la trace dans l’attribution du nom des dieux aux planètes. 

Subitement, au XVIIe siècle, un édit de Colbert s’avéra fatal à l’astrologie.  Proscrite des universités, elle fut laissée au seul jugement de praticiens se prétendant astrologues et s’employant à la débaucher.  Puis, dans le deuxième quart du XXe siècle, l’astrologie renaissait de ses cendres.  Mais c’était dans la version dévoyée (et populaire) des horoscopes quotidiens. 

Réduite à cohabiter avec les sciences occultes, l’astrologie se voit aujourd’hui dénigrée, tant sa mise en pratique exploite la crédulité humaine par des discours irrationnels et trompeurs.

Osons ce commentaire : les sciences de la matière et de la vie ont eu longtemps un siècle d’avance sur les sciences de la conscience… ; ce qui s’explique parce qu’elles ont bénéficié de moyens considérables.  À quand le même intérêt et le même engagement pour la culture de l’imaginaire... ?

Au cours des siècles, de « grands esprits », tous pionniers dans le domaine de l’astronomie, se sont employés à concilier leur connaissance du ciel et l’idée d’une correspondance entre les astres et les événements humains : Nicolas Copernic, Tycho Brahe, Giordano Bruno, Johannes Kepler.  Plus près de nous, se sont également intéressés à l’astrologie Carl Gustav Jung, André Breton, Marguerite Yourcenar, Henry Miller et Edgar Morin.   Notons ce point commun (et sans doute significatif) entre ces dernières personnalités : toutes se sont interrogées quant à la réalité subjective qui nous anime. 

Aujourd’hui, la science réclame de l’astrologie des preuves physiques que sa démarche symbolique ne saurait donner. 

Tenter de faire de l’astrologie une "science" fondée sur des données empiriques et statistiques revient à nier sa nature profonde et immémoriale.   Le modèle théorique dont elle se réclame relève bien plus des sciences humaines que des sciences (dites) exactes.

Finalement, dans leur désir de réhabiliter leur discipline, les astrologues doivent-ils aujourd’hui se vanter des conquêtes d’autrefois et se culpabiliser de leurs erreurs passées ?  Il leur est sans doute plus utile et surtout plus constructif d’explorer les fondements de leur discipline. 

Ce qui revient à poursuivre la longue quête de sens entreprise avant eux ; tout en reconsidérant leur discipline avec les moyens d’investigation disponibles aujourd’hui. 

Puisse, en ce nouveau millénaire, la raison technicienne rencontrer et admettre d’autres voix, différentes de la sienne et mieux adaptées aux subtilités de l’expérience humaine.